La
mère lui fait face, appuyée à la
rambarde de la jetée, mais se tourne soudain en
voyant un homme s'approcher d'elle. Juliette le regarde
de loin ; on ne voit pas le visage de l'homme, seulement
sa silhouette flanquée d'un long manteaux d'une
étonnante couleur prune (ou autre, mais remarquable).
La mère court vers lui et se jette dans ses bras,
très amoureuse.
Sur la plage, Juliette les observe quand on entend une
sonnerie de téléphone portable.
2. INT/EXT. JOUR / DANS MONOSPACE SANDRINE
La
fillette quitte son rêve et ouvre les yeux.
Sandrine Petit, sa mère - en qui l'on reconnaît
la femme du rêve, mais avec les traits tirés,
la coiffure et la mise montrant qu'elle n'a pas le temps
de prendre soin d'elle - est au volant d'un monospace
commençant à dater et décroche son
téléphone en mains libres.
SANDRINE
Oui maman
JACQUELINE
(Off)
Bonjour ma chérie
Est-ce que tu pourrais
venir me chercher à l'aéroport ?
SANDRINE
(offusquée)
QUOI ?!
3.
INT. JOUR / AEROPORT DE ROISSY
À
l'autre bout du fil se trouve Jacqueline Petit, la mère
de Sandrine. Brune d'environ 65 ans, elle est très
bronzée et vêtue avec excentricité.
Elle se trouve dans le hall bruyant des arrivées
d'un aéroport et autour d'elle sont posées
des valises de voyage roses couvertes d'autocollants de
contrôle des douanes du monde entier.
JACQUELINE
(parlant plus fort parce qu'elle croit que Sandrine
n'a pas entendu)
JE SUIS A L'AEROPORT ! J'ai raté ma correspondance
Pourrais-tu
Tu quoi ?
4. INT/EXT. JOUR / DANS MONOSPACE SANDRINE
SANDRINE
(agacée)
Je déménage !
JACQUELINE
(off)
C'est aujourd'hui ?
SANDRINE
Et oui, comme prévu depuis plus d'un mois.
JACQUELINE
(off)
Mais tu
SANDRINE
(mentant)
Y'a des flics, maman, faut que je raccroche !
Elle
raccroche, à cran.
Juliette regarde un moment le paysage qui défile
.
JULIETTE
C'est encore loin la nouvelle maison ?
SANDRINE
(s'adoucissant)
Non ma chérie. On arrive bientôt...
5. EXT/ EXTERIEUR. JOUR / MONOSPACE
SANDRINE (domaine des Grands Chênes)
Une
élégante plaque sur un mur indique "
Domaine des Grands Chênes ".
Le
monospace de Sandrine franchit le portail et roule sur
une allée, longeant une vieille et grande demeure
que Juliette regarde avec des yeux émerveillés.
JULIETTE
(en voix-off)
J'ai tout de suite aimé la maison
Mais
la voiture dépasse la maison de caractère
et la petite ajoute :
JULIETTE
(voix off)
Sauf que c'était pas la nôtre.
Effectivement,
Sandrine se gare devant le premier d'une série
de pavillons bâtis dans le parc, tous identiques,
grands et blancs, à l'américaine, avec garage
et jardinet sans clôture. Elle range son monospace
à côté d'une petite voiture type 206.
6. EXT. JOUR / DOMAINE DES GRANDS CHÊNES
(devant maison Sandrine)
Une
femme BCBG tirée à quatre épingles
en train de tailler ses rosiers en compagnie de sa fille
Clotilde, sorte de poupée blonde d'une douzaine
d'années habillée en rose, fait un signe
de bienvenue à Sandrine quand elle sort de sa voiture.
Sandrine sourit et s'approche d'elle.
Elle
retourne à la voiture, ouvre son coffre dont, à
l'aide d'une sorte de monte-charge, elle extirpe un fauteuil
roulant électrique sous les regards dubitatifs
de la voisine et de sa fille. Puis, grimaçant à
cause de son dos visiblement douloureux, Sandrine prend
Juliette dans ses bras et la soulève péniblement
pour l'installer dans le fauteuil électrique.
Quand la petite approche des nouvelles voisines sur son
fauteuil roulant, une têtière lui soutenant
le menton, même si elle se reprend aussitôt,
la voisine a un mouvement de recul.