«
Ça me fait toujours drôle, sur les fiches de
renseignements, de mettre « écrivain »
dans la case « profession ». D’ailleurs,
je devrais plutôt écrire « raconteur d’histoires
», parce qu’il y aussi les scénarios pour
la télé et le cinéma. Et puis, entre
la littérature jeunesse et celle pour adultes, les
polars, les comédies, la SF et les récits intimistes,
ça déborde de la case. La diversité a
toujours été un principe pour moi : il n’y
a pas de bons genres et de mauvais genres, seulement de bons
livres et de mauvais livres.
Mais
bien sûr, je suis le moins bien placé pour savoir
si mes romans sont réussis ou non. Pourtant, en septembre
2009, la sortie de La
promesse du feu est un moment particulier. Avec ce livre,
ma quatrième publication dans la collection «
Spécial Suspense » qui, à cette occasion,
fête ses 30 ans d’existence, j’ai le sentiment
d’avoir franchi une étape en parvenant à
faire la synthèse, en un seul roman, de l’éclectisme
de mes goûts. Littérature policière, littérature
intimiste… tout y est, avec le sentiment d’avoir
trouvé un ton qui m’est propre.
En mars 2007 paraissent quatre ouvrages dont je ne suis pas
l’auteur et qui me tiennent pourtant à cœur.
C’est une aventure qui commence, celle de directeur
de collection, d’une collection de nouvelles pour les
adolescents aux éditions Thierry Magnier. Et pourtant,
je n’en suis pas l’auteur ! Un travail d’éditeur
que je découvre et qui me passionne déjà.
Surtout que j’adore les nouvelles, et qu’en 2006,
je publie mon premier recueil : Apprendre
à marcher aux enfants.
Deux
ans plus tôt sort mon vingtième livre. Vingt
! Je n’en reviens pas ! Et comme un fait exprès,
il s’agit d’un récit autobiographique intitulé
Celui qui n’aimait
pas lire. Et voilà que celui qui n’aimait
pas lire quand il était enfant a publié vingt
livres ! Non sans mal, parfois, et au printemps 2003, la sortie
de La fièvre
bâtisseuse est un moment fort. Depuis le temps !
Je ne suis pas à moitié Breton pour rien ; merci
papa pour m'avoir donné ton obstination. C'est sans
doute le livre que je vendrai le moins, ce qui ne l'empêche
pas d'être mon texte le plus personnel, l'un des plus
aboutis, peut-être le meilleur.
Heureusement que huit mois plus tôt, mon entrée
en littérature
policière est plus remarquée, l'adaptation
de ce premier polar bientôt dans les salles et que mes
romans pour ados marchent bien. De toute façon, sans
la littérature jeunesse, je n'aurais jamais eu l'occasion
d'inscrire " écrivain " sur les fiches de
renseignements. Je dois tout au succès de La
vie, en gros, en 2001. Une belle année pour moi,
puisqu'elle voit la naissance de mon fils. Même si c'est
chaque jour une surprise renouvelée, une révélation,
je suis déjà père depuis deux ans, d'une
petite fille qui vient au monde par une nuit enneigée
de février 1999. À cette époque, dans
la case " profession ", je note encore " scénariste
". Il faut dire que j'écris des centaines de sketches
par an pour la télé, que je participe à
l'élaboration de documentaires, qu'on m'a commandé
un script pour le cinéma (qui ne s'est jamais tourné).
Je n'ai alors publié qu'un roman, mon premier,
écrit à quatre mains. Je passe mon mois de mars
1997 dans les librairies parisiennes, à guetter l'évolution
absconse des piles, à avoir envie d'embrasser les quelques
clients qui achètent le livre, à maudire ceux
qui le reposent en soupirant après avoir lu le résumé.
Et cette première séance de dédicaces,
le jour de la sortie du livre, à la Fnac de Parly 2
! Au bout d'une heure sans que personne ne daigne nous regarder
mon coauteur et moi, un homme enfin s'approche de notre table.
Il se penche
et me demande où se trouve le rayon
ésotérisme.
Mais c'est quand même un jour de fête. Un jour
que j'attends depuis six ans. Six années durant lesquelles
je garde dans un dossier chaque lettre de refus (il y en aura
38) pour La fièvre
bâtisseuse, mon vrai premier roman. Des années
de réflexion, de lectures intensives (tellement de
retard à rattraper dans ce domaine !), de doute, d'espoir
et de découragement. Si seulement j'arrivais à
décrocher plus de boulots pour la télé
! Mais là aussi, les contacts sont durs à prendre,
les refus nombreux. Et l'argent manque
Je m'y attends, d'ailleurs, quand, à vingt-cinq ans,
je décide de tout arrêter pour me mettre à
écrire. Tout quoi ? Ce travail d'assistant de production
à la télé que je fais depuis quatre ans,
entrecoupé de mon service militaire durant lequel,
sans que je le soupçonne, je découvre ce qui
sera le cadre de mon futur premier roman.
Mais je n'ai aucune envie d'écrire des livres ! Ça
ne me vient même pas à l'esprit. C'est le cinéma
que j'aime, passionnément depuis qu'adolescent j'ai
suivi ce cycle Alfred Hitchcock au C2L, à Versailles.
Ce jour-là je me dis que moi aussi je veux réaliser
des films, et faire passer les spectateurs par toute la gamme
d'émotions que je viens moi-même de traverser.
Je ne sais pas encore que les livres sont les meilleurs pour
ça. Mais c'est bon, soudain, d'avoir un but dans la
vie : raconter des histoires, réinventer sur grand
écran le peu que je comprends du monde. Parce qu'avant
d'obtenir mon bac de justesse, je fais sans trop y croire
des études de musique dites "à horaires
aménagés", sorte de "sport étude"
sans le sport. Sauf que si j'aime la musique, je n'ai pas
le talent pour devenir concertiste ni le courage de m'imaginer
professeur de piano. J'aurais pu être un bon élève
si seulement j'y avais cru. Mais je me désintéresse
du lycée, je déteste le collège et je
vais à l'école primaire pour m'y amuser avec
les copains. Ce que j'aime c'est la mer, la Bretagne, la pêche,
les films à la télé, la gastronomie et
mon frère, même s'il m'énerve à
passer son temps le nez plongé dans un livre alors
que moi, je n'aime pas lire.
Nous vivons dans un appartement sous les toits, à Versailles,
au-dessus de la boutique de fleurs de mes parents. C'est là
que j'apprends les autres, les odeurs, les saveurs, le toucher
Les visages que j'ai mis sur les voix de mes parents se troublent
puis formes et couleurs s'estompent.
Juste avant, ce n'est pas bien du tout.
Le 22 mars 1968, dans cette clinique de Versailles, j'ai froid,
j'ai peur, j'ai mal et je le fais savoir. Il y a des silhouettes
floues qui disparaissent dans cette grande lumière
effrayante qui ne cesse de rapetisser alors que j'ai l'impression
de me noyer.
Et puis c'est le calme, soudain. Il fait chaud et je flotte.
Il n'y a plus qu'un cur qui bat. »

Quelques
repères chronologiques...
1968
Naissance, le 22 mars, à Versailles (78).
J'y vis avec mon grand frère et mes parents et, dès
la primaire, y suis des études dites à "
horaires aménagés musicales." Si le matin
est consacré aux matières classiques, le reste
du temps dédié au piano, au solfège et
à la chorale.
1983
J'ai 15 ans. Le ciné-club de ma ville programme un
cycle Alfred Hitchcock. Pour la première fois, je vois
ses films principaux sur grand écran et en version
originale. C'est un choc.
1986
J'obtiens mon baccalauréat musical et change de voie
pour suivre durant deux ans les cours d'une école de
cinéma, option réalisation.
1988
Diplômé du CLCF (conservatoire libre du cinéma
français), je passe l'année à chercher
des stages sur des films et me découvre enfin une passion
pour la littérature. C'est aussi l'année où
je vois Bruce Springsteen pour la première fois sur
scène. Un nouveau choc.
1989
Je reçois enfin une réponse à la centaine
de CV envoyée. Je rentre à Canal +, comme stagiaire
à la production d'une émission de documentaires.
Les
année suivantes, entrecoupées par mon service
militaire, je suis assistant de production et régisseur
adjoint sur différents programmes télé.
J'y découvre le travail des scénaristes, des
auteurs qui sont derrière la moindre image.
1993
J'ai 25 ans et, lassé du monde de la télévision,
je décide de faire ce sont je rêve depuis mes
15 ans : des films.
J'écris aussitôt une adaptation de Pêcheur
d'Islande, de Pierre Loti, l'un des rares romans que j'ai
aimé durant mon adolescence. Dans la foulée,
je suis le premier surpris de me voir débuter un roman.
Deux mois plus tard, le manuscrit de La
fièvre bâtisseuse prend, par la Poste, la
direction des principales maisons d'éditions.
Les
lettres de refus se succèdent durant des mois, pour
mon manuscrit comme pour mes nombreux projets audiovisuels.
Mon
ami Raymond Clarinard rencontre une directrice de collection
de romans de science-fiction et, pour elle, nous ressortons
des cartons une idée commune de série télé.
1997
L'Ombre de Mars,
mon (notre) premier roman, sort en mars aux éditions
Fleuve Noir.
Si
la littérature en reste là pour un moment, les
années suivantes voient mon activité
de scénariste prendre de l'ampleur. J'écris
des sketches pour Canal +, des documentaires et des milliers
de gags pour les programmes jeunesses de France 5.
C'est par ce dernier biais que je rencontre Thierry Magnier,
qui vient de monter sa maison d'édition spécialisée
dans la littérature pour la jeunesse.
2000
Papa est à la
maison, mon premier roman pour la jeunesse, sort chez
lui en mars.
2001
La vie, en gros
paraît en mars chez Thierry Magnier et obtient immédiatement
un important succès tant auprès du public que
des professionnels du livre.
Le même mois, les éditions " Librio "
publient Bruce Springsteen,
une biographie du chanteur écrite avec Hugues Barrière.
Premier de la classe,
un album illustré par mon ami Martin Veyron sort en
septembre
2002
Tu sais quoi ?
paraît au printemps, alors que La
vie, en gros obtient 17 prix littéraires dont le
Prix des Incorruptibles.
Star-crossed lovers,
mon quatrième roman pour adolescents sort en septembre,
en même temps que Vivement
jeudi !, mon premier roman pour les plus jeunes, dans
la toute nouvelle collection " Petite Poche " des
éditions Thierry Magnier.
En octobre sort mon premier polar pour adultes, Trois
souris aveugles, dans la collection " Spécial
Suspense " des éditions Albin Michel.
Je travaille déjà depuis des semaines avec le
réalisateur Mathias Ledoux sur son adaptation pour
le cinéma alors que j'ai terminé celle de La
vie, en gros pour la télé.
2003
Un secret de famille
paraît en janvier aux éditions J'ai lu jeunesse.
Mange tes pâtes
! le suit d'un mois chez Thierry Magnier.
Le 2 avril, le téléfilm La
vie, en gros est diffusé sur M6.
Puis, en mai, sortent T'es
un grand garçon maintenant, Frères
de sang, mon premier roman policier pour les jeunes, Bruce
Frederick Springsteen, ma deuxième collaboration
avec Hugues Barrière et, ENFIN, La
fièvre bâtisseuse, dix ans après sa
rédaction, dans la nouvelle collection adulte de Thierry
Magnier.
Le 8 octobre, Une souris
verte, le film tiré de Trois
souris aveugles est sur les écrans français
alors que le roman obtient le Prix Polar 2003 à Cognac.
En novembre, le mensuel " Je Bouquine " publie Sous
le même signe.
2004
E-den, qui marque mon retour
à la SF et mes retrouvailles avec mon premier coauteur
Raymond Clarinard sort en mai aux éditions Thierry
Magnier.
C'est également chez lui que sort mon quatrième
Petite Poche en septembre : Peau
de lapin.
En octobre, les éditions De la Martinière font
paraître Celui
qui n'aimait pas lire, mon premier récit autobiographique
dans leur collection " confessions ", et je sors
chez Albin Michel mon deuxième suspens pour adultes
: L'inhumaine nuit des
nuits.
2005
Sous le même
signe, paru en 2003 dans le magazine Je Bouquine, sort
en janvier dans la collection roman des éditions Thierry
Magnier.
Deux mois plus tard, en mars, le même éditeur
publie ma cinquième participation à sa collection
Petite Poche : Jack
est là.
Alors que je termine pour TF1 le scénario original
d'une comédie intitulée Maldonne,
en juin, les éditions Gallimard jeunesse publie dans
leur collection scripto un collectif de nouvelles dont les
bénéfices sont reversés à l'association
SOLIDARITES qui lutte pour l'accès à l'eau des
populations les plus démunies. Le livre s'intitule
De l'eau de-ci de-là,
et ma nouvelle Côté dames.
Avec Longue vie à Monsieur Moustache,
c'est une autre nouvelle que je publie dans le collectif Nouvelles
Vertes qui paraît en octobre aux éditions
Thierry Magnier.
Ce même mois, au moment où je mets la dernière
main à Mémoire de glace, un
film policier pour France 2, La
vie, en gros, qui reste à ce jour mon "best-seller",
sort en format poche chez Folio junior.
2006
Maldonne, le roman
et le film, sortent
simultanément le 1er février. Le téléfilm,
dont j'ai écrit le scénario pour TF1, est regardé
par plus de 10 700 000 personnes.
Un mois plus tard est publié mon sixième roman
pour la collection Petite Poche des éditions Thierry
Magnier : Le grand
mystère.
Les éditions J'ai lu ayant décidé de
supprimer leur collection jeunesse, je ressors Frères
de sang chez Magnier en avril, puis Un
secret de famille, sous le titre Hier encore mon
père était mort en octobre.
Apprendre à
marcher aux enfants, mon premier recueil de nouvelles,
paraît en mai aux éditions Les Trois Rives, un
éditeur "fantôme" qui dépose
le bilan trois mois plus tard et ne répond plus au
téléphone ! Mystère... Ce recueil, à
mon sens l'un de mes meilleurs livres à ce jour, est
alors indisponible... mais ressortira ailleurs, un jour, c'est
juré ! L'une des histoires qui le compose, Jeu
set et match, est également disponible dès
le mois de juin dans le collectif Va
y avoir du sport ! des éditions Gallimard jeunesse.
En novembre, les éditions Albin Michel publient mon
troisième polar dans la collection "Spécial
Suspense", Noces
de glace, alors que Maldonne,
chez le même éditeur, reçoit le prix
Handi-Livres 2006 du meilleur roman mettant en scène
un personnage atteint d'un handicap.
2007
Le numéro 275 de Je Bouquine voit, en janvier, la parution
de mon deuxième roman pour ce magasine : L’Alibi.
En
mars sortent les quatre premiers recueil de la collection
Nouvelles que je dirige pour les éditions Thierry
Magnier. Six nouveaux titres verront le jour chaque année.
En
mai, les éditions Thierry Magnier publient Tout
doit disparaître, le roman que m’a inspiré
mon voyage à Mayotte fin 2004 dans le cadre du prix
littéraire « Narisomé » qui m’a
permis, deux semaines durant, de rencontrer les jeunes lecteurs
mahorais.
Le
reste de l’année est consacré à
mes nombreux projets en tant que scénariste. Lesquels
iront au bout et donneront un film ? Impossible à dire,
sinon pour l’un d’eux : l’adaptation, pour
France 2, de mon roman Frères
de sang. Fin 2007, mon scénario est quasi terminé,
et le tournage du film prévu pour le printemps 2008.
2008
En février, Tout
doit disparaître se voit décerner le Prix
Jeunesse France Télévision 2008.
Au mois d’avril, L’Alibi
sort en librairie aux éditions Thierry Magnier.
En juin, c’est la réédition, très
fortement actualisée et augmentée de Bruce
Frederick Springsteen qui voit le jour, aux éditions
du Castor Astral, avec la complicité de l’inoxydable
Hugues Barrière.
Guillaume Godard et Maryvonne Le Meur, producteurs de l’adaptation
de mon premier polar au cinéma en 2003, Une souris
verte, du regretté Mathias Ledoux, m’appellent
pour me proposer de travailler de nouveau avec eux. Leur idée
: transposer de nos jours, pour le cinéma, l’intrigue
du Capitaine Fracasse, de Théophile Gautier. Le projet
me séduit. En résulte deux mois plus tard Samouraï
Fracasse, un scénario qui, je l’espère,
sera mis en image en 2009.
En parallèle, puis pour tout le reste de l’année,
je me plonge dans la rédaction de mon cinquième
roman pour les éditions Albin Michel, un thriller dont
l’intrigue, tournant autour des incendies de forêts
et la pyromanie, se situe dans les environs de Montpellier.
A la rentrée, Frères
de sang, le film, est terminé. Sa diffusion est
prévue pour 2009 sur France 2 mais j’ai l’occasion
de le voir en DVD : une vraie réussite.
En octobre, les éditions Thierry Magnier publient le
collectif Nouvelles
re-vertes, la « suite » du recueil écolo
Nouvelles vertes
auquel j’avais participé en 2005. « La
maison verte » est le titre de ma contribution à
cet ouvrage.